Pour une année 2021 sereine...

Combien de fois n’ai-je pas entendu ô combien untel était heureux de se débarrasser de 2020. Une année unique en son genre, une année de changement radical de nos manières de vivre et travailler, une année de souffrance pour certains…


J’ignore si derrière ce soulagement se cachait un réel enthousiasme ou l'espoir que 2021 nous offre un délicieux retour à la normal avec son lot de fêtes démesurées, parfumées de transpiration, ses vacances « all in » en Tunisie, puis en Grèce, puis en Thaïlande. Avec les bisous baveux et piquants de tante Josiane, la tirelire brisée pour s’offrir en solde un million de vêtements dont on n’a pas besoin, et le plaisir de se lever plus tôt et rentrer plus tard pour le même salaire, car le télétravail, c’est définitivement Ter-mi-né. Puis, il y aura quelques bonus pour nous faire pardonner cette longue crise sanitaire : un énorme feu de joie sur la place de Bruxelles mettant à mort un millier de masques et de flacons de gel hydro-alcoolique, un malin plaisir à manger ses frites avec les doigts sans lavage préalable des mains (ça donne du goût) et cette sensation de victoire d’être rentré d’une soirée tisane-tricot à 23h15, avec contrôle de police, mais sans emmerdes.


Visiblement, les petits virus n’ont pas compris qu’on n’avait signé de force qu’un CDD pour leur service et qu’ils devaient trouver une autre planète à enquiquiner l’année suivante. Les commis de cuisine, coiffeuses, serveurs, chanteurs, masseurs, régisseurs de spectacles et tous les autres devront rester dans la mouise. On devra lancer des oranges pour le carnaval depuis notre fenêtre et assortir le déguisement de princesse de la petite d’un masque en sequin. Et ne nous leurrons pas, après les raz-de marée noire de la crise sanitaire, il faudra ramasser et compter les victimes laissées pour compte pendant si longtemps : les nouveaux pauvres, les gosses en décrochage scolaire, les ados suicidaires ou devenus encore plus accrocs à leurs jeux vidéos, les anxieux et ceux qui n’auront juste plus envie de sortir de chez eux.


Peut-être même qu’après, on osera enfin affronter la crise la plus importante de notre époque, celle dont pourtant plus personne ne parle. Y aura-t-il enfin de courageux chefs pour prendre des mesures pour stopper la déforestation, nettoyer nos rivières, empêcher les voyages récréatifs de quatre jours à l’autre bout du monde, punir les entreprises qui gaspillent, polluent, détruisent et mentent ?


Les plus cyniques d’entre vous me diront que j’ai oublié les crises politiques et démocratiques. Vous avez raison.


Bref, 2021 ne présage rien de bon. Alors comment trouver du confort et de la sérénité dans ces circonstances ? Comment souhaiter sans ironie une belle nouvelle année ? Garder l’envie et la motivation pour nos petits projets ?

Comment garder le goût de la révolte, ou du moins, de l’irrévérence lorsqu’on est sans cesse soumis à des restrictions, submergé par un quotidien trop chargé ou ankylosé par la sensation d’isolement ?


J’ai bien conscience de faire partie des privilégiés. Tant que maintenant, je garde mon emploi, il n’y a pas de violence dans mon foyer et jusque-là, tous mes proches sont en bonne santé. Mais comme tout le monde, il m’a fallu retrouver un rythme, une discipline pour garder de l’optimisme, du sens et de la joie au quotidien.


Parmi mes petites astuces :


- Prendre chaque jour un moment pour faire quelque chose que j’aime : me promener en forêt, écouter de la musique qui me met de bonne humeur, chanter, dessiner etc.

- Accorder beaucoup d’importance et de soin à ce qui va bien : ma santé, en prenant le temps de cuisiner de bons petits plats, en faisant du sport régulièrement; mon foyer, en veillant à ce qu’il soit toujours propre et accueillant, en prenant des moments de qualité avec mon conjoint.

- Garder contact avec ceux que j’aime, même si c’est autrement : un coup de téléphone chaque jour à mon meilleur ami, un dîner zoom avec mon père une fois par mois, une carte postale à mes grands-parents de temps en temps, une promenade au grand air avec deux copines, etc.

- Faire ce que je peux pour vivre en accord avec mes valeurs : en privilégiant les achats locaux, en mettant un terme à l’achat d’objets dont je n’ai pas besoin, en ralentissant, en évitant au maximum de prendre la voiture, etc.

- En me nourrissant d’informations positives : S’il est essentiel de rester informé, bien sûr, un surplus d’informations négatives et toxiques peut vraiment nuire à la santé mentale. Je limite donc le temps à écouter la radio ou lire le journal, et je me nourris de nouvelles réjouissantes : untel qui se marie, un projet culturel qui voit le jour, une amie qui va devenir maman.

- Mettre du sens sur mes actions : Parfois, je le perds, en particulier par rapport à mon activité d’illustratrice. A quoi bon créer de petits dessins mignons dans un monde qui va si mal ? Et puis, le sens revient. Ces dessins sont des cadeaux pour une naissance, pour un ami, un peu de couleur pour annoncer un mariage ou pour égayer un mur blanc. Parfois, ils racontent un monde auquel je veux croire : un monde plus doux, plus lent, plus solidaire, plus aimant.


En ce début d’année, je n’ai pas envie de vous souhaiter qu’elle soit belle, car ni vous vous ni moi n’avons de prise sur les événements globaux ou personnels qui nous attendent.

Mon souhait est que quoi qu’il (vous) arrive, vous puissiez trouver un espace de sérénité dans votre quotidien, que vous puissiez cultiver les petits bonheurs et semer de la joie autour de vous. Je vous souhaite d’être consolés si vous êtes tristes, aidés et écoutés si vous avez des problèmes, accompagnés dans vos rêves et vos envies. Je vous souhaite de prendre vraiment soin de vous et de vos vies.


Et je nous souhaite d’avoir la force, la créativité et l’irrévérence nécessaire pour changer, petit pas par petit pas, notre monde.


Joyeusement vôtre,


Hélène

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